Mythes et vérités sur les Filles du Roi

Arrivée des Filles du Roy à Ville-Marie (Montréal)...

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Arrivée des Filles du Roy à Ville-Marie (Montréal)

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Annie Mathieu est journaliste surnuméraire au Soleil.
Annie Mathieu
Le Soleil

(Québec) Entre 1663 et 1673, près de 800 Françaises ont été envoyées par le roi Louis XIV pour peupler sa colonie canadienne. Ces immigrantes, pour la plupart pauvres et orphelines, ont posé leurs maigres valises sur le territoire de la Nouvelle-France dans l'espoir d'une vie meilleure. Le 350e anniversaire de l'arrivée du premier contingent cette année est l'occasion de revenir sur leur contribution dans la société québécoise. Le Soleil vous propose quelques mythes et réalités sur celles que Marguerite Bourgeoys avait surnommées «Filles du roi».

Tous les Québécois descendent des Filles du roi.

R: Vrai avec un bémol

Vos ancêtres doivent être Français et avoir foulé le sol de la Nouvelle-France au XVIIe siècle, plus précisément après 1663, année de l'arrivée des premières Filles du roi. Ceci est le cas d'environ 80 % des Québécois «d'origine», explique le président de la Société de généalogie de Québec, Guy Parent.

Descendez-vous d'Anne Leclerc, mère de huit enfants originaire de Normandie arrivée en 1668 et mariée la même année à l'île d'Orléans avec Vincent Chrétien? Ou encore de Marie-Madeleine Philippe, née sur l'île de France, inhumée à Lotbinière après avoir mis au monde sept enfants avec son mari Pierre Tousignant? Il est possible de le savoir en remontant votre arbre généalogique sur plus d'une dizaine de générations, ce qui consiste à mettre sur pied votre «roue de paon» où apparaîtront les noms de quelque 4000 membres de votre grande famille.

Un exercice qui demande des mois et beaucoup de patience, mais qui est payant, selon M. Parent. Puisque beaucoup de Québécois réussissent à retracer jusqu'à plusieurs dizaines de Filles du roi dans leur clan élargi lorsqu'ils fouillent leurs origines. Le 350e anniversaire du premier contingent a créé un certain buzz puisque beaucoup de citoyens ont réclamé l'aide de la Société de généalogie pour connaître les noms de celles qui ont fondé leur famille. «C'est un sujet qui suscite la curiosité», se réjouit Guy Parent.

Avec la présidente de la Société d'histoire des Filles du Roy, Irène Belleau, l'organisme a entrepris un projet visant à délivrer des certificats d'ascendance matrilinéaire, une manière de rendre hommage aux pionnières. Plutôt que de remonter l'arbre généalogique par la lignée des pères comme cela se fait d'habitude, c'est de mère en fille qu'on le fait, et ce, jusqu'à la toute dernière. «On veut insister sur le nom des mères puisque les femmes ont autant d'importance que les hommes», souligne M. Parent. Mme Belleau caresse même le rêve de mettre sur pied une association des descendants des Filles du roi.

Les Filles du roi étaient des prostituées.

R: Faux

Pour les historiens, ce mythe a été déboulonné il y a belle lurette. Mais la présidente de la Société d'histoire des Filles du Roy, Irène Belleau, affirme qu'il a la couenne dure puisqu'elle l'entend souvent lors de ses conférences. Selon elle, on doit cette idée au baron Louis-Armand Lahontan, qui avait reçu le mandat du roi de France de faire enquête sur les colonies françaises.

Le professeur associé au Département des littératures de l'Université Laval, Réal Ouellet, a étudié les oeuvres du baron, dont le rapport qu'il a rédigé après son passage en Nouvelle-France. L'expert nous a transmis le passage «incriminant» les Filles du roi : «On y envoya de France plusieurs Vaisseaux chargez de filles de moyenne vertu [...] Ces Vestales étoient pour ainsi dire entassées les unes sur les autres en trois differentes sales, où les époux choisissoient leurs épouses de la maniére que le boucher va choisir les moutons au milieu d'un troupeau.»

Au fil des années, l'expression «filles de moyenne vertu» s'est transformée en «filles de mauvaise vie», explique Mme Belleau. Selon M. Ouellet, Lahontan a repris un préjugé tenace. «C'était des orphelines sans fortune, protégées du Roi, venant pour une moitié de l'Hôtel-Dieu de Paris», précise-t-il. «Elles avaient une forte fécondité, c'est la preuve qu'elles n'étaient pas prostituées», renchérit l'historien et auteur des Filles du roi au XVIIe siècle, Yves Landry.

Attention cependant, les femmes n'étaient pas toutes des anges pour autant. «Y en a eu, je ne le nie pas, j'en ai trouvé une bonne douzaine qui ont été prostituées», admet volontiers Irène Belleau. Mais il est impossible, selon elle, que le convoi quittant la France ait compté des femmes voulant troquer du sexe contre de l'argent puisque pour être du voyage, elles devaient fournir un certificat «de bonne conduite».

C'est grâce à elles que l'on parle français au Québec.

R: Vrai selon l'historien Yves Landry

À l'époque des Filles du roi, la langue de Molière était loin d'être la langue courante en France. Pourtant, elle s'est vite imposée dans le nouveau pays. «On parlait patois dans les campagnes françaises jusqu'au 19e siècle alors qu'au Québec, le français s'est généralisé dès le 17e siècle», explique Yves Landry. Pourquoi? À peu près la moitié des Filles du roi venaient de Paris ou de la grande région parisienne où l'on parlait français.»

«Ces femmes-là ont inculqué le français à leurs enfants», poursuit M. Landry, rappelant que l'expression «langue maternelle» prend ici tout son sens. «Le français est ainsi devenu la langue parlée au Québec. Tous les linguistes sont d'accord là-dessus», tranche-t-il.

Les Québécoises leur doivent leur caractère.

R: Vrai ou faux, selon l'interprétation.

Souvent taxées de féministes, d'indépendantes ou même de castratrices, les femmes québécoises n'ont pas l'habitude de donner leur place. Si les versions divergent sur le rôle qu'elles occupent actuellement dans la société, une chose est certaine, à l'époque, elles tenaient le haut du pavé.

«Elles étaient recherchées, on leur a donné beaucoup d'importance. Et lorsqu'elles se sont mariées, elles avaient même le choix», souligne l'historien Yves Landry. Insatisfaites de leur compagnon, 15 % d'entre elles ont d'ailleurs rompu leur contrat de mariage pour trouver meilleure chaussure à leur pied.

Et puisque leur mari était très souvent parti courir les bois, elles ont rapidement appris à tenir le fort. «Elles se sont habituées à gérer le patrimoine, ce qui n'était pas une mince affaire alors qu'elles arrivaient comme ça sans expérience», souligne le professeur Réal Ouellet. «Ça a donné des grandes soeurs et des mères qui en menaient large dans la maison», analyse-t-il, évoquant son enfance en campagne. M. Landry estime de son côté qu'une analyse sociologique des siècles suivants serait cependant nécessaire pour tirer ce type de conclusion délicate.

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