La bataille de la crête de Vimy

Les pertes subies à Verdun et dans la Somme, en 1916, se chiffrent à presque deux millions et ce n'est pas fini. La guerre d'usure et d'enlisement devait durer presque deux ans encore.

Au début de 1917, les Alliés lancèrent une nouvelle offensive de grande envergure, plus résolus que jamais à réussir enfin leur fameuse percée. Cette fois, les Français étaient supposés mener une offensive dans le sud, entre Reims et Soissons, pendant que les Britanniques monteraient des attaques de diversion dans la région d'Arras.

Les Allemands se replient entre-temps sur une nouvelle et puissante ligne défensive - la ligne Hindenburg - en mars 1917. Ils troquent ainsi une longue ligne en saillie résultant des pertes subies dans la Somme, contre une ligne mieux située, moins étirée, bien fortifiée et solidement défendue grâce à plusieurs abris de béton et de larges ceintures de fil barbelé protégeant plusieurs lignes de défense, elles-mêmes faisant plusieurs kilomètres de profondeur.

La mission des Canadiens était de capturer la crête de Vimy. Ce n'était pas une mince affaire! Maillon vital de la défense allemande, cette position était puissamment fortifiée. Les versants étaient truffés de tranchées, d'abris et de tunnels bien protégés par des barbelés et des mitrailleuses, et défendus à distance par l'artillerie allemande. Les assauts des Français, en 1915, pour capturer la crête n'avaient pas été concluants, mais avaient réussi néanmoins à repousser les Allemands vers une position où ils avaient peu de place pour manœuvrer; la plaine de Douai se trouve alors immédiatement derrière les lignes allemandes.

Cependant, les cuisantes expériences passées avaient enseigné aux chefs des troupes canadiennes combien l'infanterie était vulnérable à l'assaut. Cette fois, les préparatifs pour la bataille sont minutieux. Ils débutent en octobre 1916 et les officiers d'état-major sont envoyés à différents endroits sur le front pour s'informer des expériences vécues par les troupes, entre autres à Verdun, où les Français avaient réussi à faire reculer les Allemands quasiment vers leur position de départ. Le génie creuse d'importants tunnels sous les défenses ennemies, les routes et les lignes de chemins de fer secondaires sont réparées et les troupes sont amplement ravitaillées. L'attaque doit être appuyée par une vaste concentration de pièces d'artillerie en tous genres, notamment de nombreux canons lourds et obusiers. Les hommes eux-mêmes se sont on ne peut mieux préparés. Ils ont répété à l'arrière des lignes, dans des conditions simulées correspondant à celles de la Somme, jusqu'à ce qu'ils connaissent par coeur le terrain et leur mission. Cette fois, les troupes disposent de plus d'information, des photographies aériennes sont distribuées largement et, bien sûr, les hommes s'étaient endurcis - à tous les grades et niveaux de commandement - après leurs expériences de la Somme.

Le 20 mars commence le bombardement préparatoire destiné à endormir la méfiance de l'ennemi quant à l'heure et l'envergure de l'attaque; il s'intensifie à partir du 2 avril et devient si violent que les Allemands appellent cette période " la semaine de souffrance. " Le 8 avril dans la nuit, tout est prêt et les fantassins rejoignent leurs postes en première ligne.

L'attaque (retardée d'une journée en raison des conditions météorologiques) est déclenchée le lundi de Pâques, 9 avril, à l'aube. Les quatre divisions du Corps d'armée canadien (et la 5e Division (britannique) sous le commandant Byng) - réunies pour la première fois au combat - s'élancent à l'assaut de la crête, sur un sol enneigé, verglacé et balayé par les vents, à l'abri d'un barrage d'artillerie parfaitement synchronisé. Dès le milieu de l'après-midi, elles sont maîtres de la crête. Seules deux positions - la cote 145 et le Pimple - tiennent encore; elles tombent trois jours après. Les combats sont durs et les pertes sont nombreuses - 10 602 parmi les forces canadiennes - mais les résultats sont retentissants. Ailleurs, le 9 avril, la douzaine d'autres divisions britanniques qui lancent des assauts contre l'ennemi remportent d'excellents résultats.

La victoire de Vimy est célébrée comme un signe de notre maturité. Pour la première fois, les quatre divisions du Corps d'armée canadien sont passées à l'attaque ensemble et ont triomphé ensemble. Quatre des nôtres obtiennent la Croix de Victoria.

Au cours du même été, le Corps d'armée canadien reçoit son premier commandant canadien, Sir Arthur Currie, qui avait été fait récemment chevalier, à l'occasion de sa promotion au rang de lieutenant-général; il succède alors à Sir Julian Byng, qui devient commandant de la Troisième Armée. Arthur Currie est un homme d'affaires de la Colombie-Britannique; il n'avait servi que dans les rangs de la milice canadienne, ce qui ne l'a pas empêché de gagner l'estime des militaires de profession et de passer du rang de lieutenant-colonel dans la milice non-permanente, en 1914, à celui de commandant du Corps d'armée canadien, soit une réalisation des plus remarquables. Currie et Monash (du Corps d'armée australien) sont les seuls soldats non réguliers à obtenir un poste de commandant de corps dans l'armée britannique.